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retour: le bétisier accident de cascade ...
21 janvier 2002, Villeneuve d'Entraunes (haut var) l'hiver 2002 fut exceptionnellement froid. peu de neige, mais beaucoup de glace, des cascades s'étaient formées partout, même dans le vallon sous Saint Jeannet (300m d'altitude)... ce Lundi matin, en remontant les gorges de Daluis, nous avions longuement admiré l'immense édifice cristallin qui s'était formé vers la cascade d'Amen, dans les roches rouges. la taille d'un immeuble de 8 étages, sans doute. et seule la perspective d'un bain de pieds glacé nous avait détournés de ce nouvel objectif. à peine arrivé à Villeneuve, j'avais déjà le sentiment d'être en retard, en retard sur l'horaire permettant de faire le "ramassage scolaire" du soir, pour ma petite famille. puis, j'avais raté le sentier amenant au pied de la première cascade, erré plus d'une demi-heure, et malgré le calme de Michel, je fulminais contre moi même. ce manque de sérénité, j'allais le payer cher.... les premières coulées, peu inclinées, étaient en glace lisse et froide, qui éclatait en glaçons. puis une section de sentier nous amena au pied du grand ressaut: une hésitation: on a le temps?? lorsque je m'engageai dans la cascade, un ressaut vertical en colonnettes m'avait fait forte impression. la première section ne posait pas de problème, puis un seuil permettait un repos. j'en profitai pour passer une longue sangle autour d'une grosse stalactite, et j'attaquai le ressaut, un peu ému. la structure était celle d'un gros grillage de cristal, une structure délicate et ajourée, et les piolets crochaient facilement dans les trous. par contre, pas moyen de brocher là dedans, et cravater une colonnette d'une main me semblait trop délicat. en quelques mouvements, étonné, je me trouvai en haut du ressaut, soulagé, mais perché à 6 m au dessus du dernier point: finalement, c'était facile. avisant une masse de glace compacte, je montai encore un peu pour brocher un bon relais, tirant sur le piolet gauche croché sur une ultime colonnette... trop haut sur ce piolet! le mouvement pour ancrer la pioche droite décrocha l'autre... un coin de ciel bleu, les piolets qui valsent, un choc, pas très fort, une douleur, légère pour l'instant. quel vol... pendu sur la corde, j'évaluai la situation: en crispant le mollet droit comme pour abaisser le pied, ma cheville pliait... comment dire: latéralement pas dans le bon sens, avec un craquement de mauvais mécanisme. diagnostic simple: jambe cassée... mmm, ça a l'air cassé assez haut, en plein tibia. tiens, je pensais que ça serait plus douloureux. bof... dans un mois, deux mois, je regrimpe. ça sera réparé pour le printemps... en attendant, quelle merde... Michel, aussi ému que moi, me redescendit doucement jusqu'à la base de la cascade. puis il m'aida à m'installer, me laissant tous ses vêtements supplémentaires. on était en janvier, à l'ombre, au pied d'une cascade orientée Nord, et ça caillait dur... il partit en courant pour essayer de trouver un endroit à partir duquel le portable passerait, pour déclencher un secours. pendant ce temps, je ne me faisais pas trop d'illusions: l'attente serait longue, froide et douloureuse. je me préparais à tenir durant ce laps de temps. la petite pharmacie que j'ai toujours avec moi en montagne contient du Diantalvic... mais j'en avais donné à Noémie, malade lors d'une précédente sortie... il ne restait plus qu'une gélule que j'avalai goulûment. puis j'enlevai mon baudrier pour me débarrasser de la quincaillerie qui me gênait et enfin, j'entrepris de m'emballer dans les couvertures de survie. la douleur commençant à augmenter, mais restait gérable. ce n'est qu'emballé complètement dans ma papillote dorée, tête comprise, que j'arrivai à avoir un peu moins froid. mon souffle me réchauffait de manière appréciable. mais, blessés en montagne, n'espérez pas le salut de cette mince enveloppe pour sandwich bas de gamme, ça ne vaut pas une bonne doudoune... la rage me tenait chaud, par contre: je me remémorais la chute: trop con, le mec, pas possible de monter si haut sur un piolet même pas planté... et pourquoi ne pas avoir rajouté de protection??? aie... fallait pas trop bouger quand même. tout à coup, j'eus peur que ma cheville enfle dans la chaussure et que je ne puisse plus l'enlever ensuite, et je me mis en devoir d'enlever la coque plastique. la sensation de la jambe pliant en plein os me révulsa, mais je tirai de toutes mes forces, suant de douleur. puis, je refermai ma papillote en attendant que la douleur s'éloigne. je m'étais préparé à attendre plusieurs heures, aussi, le bruit de l'hélico remontant la vallée me surprit. Michel lui avait donné rendez vous au fond de la vallée, près de son 4*4 phares allumés, pour indiquer aux secouristes l'endroit où je me trouvais. je parcourus des yeux le trou à rats au milieu duquel je gisais: un fond de vallon glacé, bordé d'arbres... pas possible d'atterrir un hélico là dedans, j'allais avoir droit à un hélitreuillage. l'hélico remonta vers la cascade, puis plongea vers moi, et me chercha, à basse altitude, dans une pluie de branche et de pierres. il s'immobilisa au dessus de moi: le souffle était incroyable, j'avais arrimé les objets alentours, mais c'était bien plus puissant que ce que j'avais imaginé, même mon sac s'envolait. au bout de son filin, le guide me rejoignit. il essaya de m'aider à remette mon baudrier, renonça, et me passa finalement une grande sangle sous les aisselles: "ne lève pas les bras", me cria t-il dans le fracas des pales... aucun risque que je lève les bras... quelques secondes plus tard, je pendais à plusieurs centaines de mètres du sol sous l'hélico rouge, qui se dégagea des arbres avant de me remonter à bord. je m'étais toujours demandé si je serais effrayé par cette situation, mais la perception était toute différente de ce que j'avais imaginé, je ne ressentais pas de crainte ou de peur du vide. la position suspendue soulageait la douleur de ma cheville en la mettant en traction, ça c'était l'impression la plus forte. et puis mon regard était plutôt dirigé vers l'hélico: je tournais lentement au dessous, et je me demandais bêtement si je n'allais pas taper les patins avec le pied en remontant. le visage bienveillant du mécano et de ses manœuvres précises écartèrent cette appréhension et je me retrouvai assis dans l'appareil, jambes dans le vide. quel raffut! impossible d'échanger deux mots, même en hurlant. mon cœur se souleva: mon pied droit vibrait comme de la gelée anglaise au rythme de l'hélico, n'étant relié à mon corps par rien de solide ...sale impression, qui dominait la douleur provoquée. l'hélico se posa au fond de la vallée, près de la voiture de Michel. le toubib, pas très motivé, inspecta ma jambe, me mit une mauvaise attelle branlante en place, et renonça à me donner un antalgique. j'en profitai pour téléphoner à la maison. Elisa, 6 ans, à qui j'expliquai la situation resta perplexe. nous avions vu peu de temps avant, un reportage sur le secours en montagne, dans lequel une vache était harnachée, puis extraite d'un bourbier par un hélico. paniquée, elle beuglait son désespoir dans le ciel de Suisse... "alors, tu étais pendu comme la vache?" me demanda t elle. l'équipage, amusé, apprécia la comparaison. ensuite commença la descente vers Nice... je garde de cette ballade touristique un souvenir ému. nous survolâmes Valberg, le pilote fit un crochet pour observer un départ d'incendie, je reconnus la basse vallée du var, puis l'hélico obliqua vers l'Est, survola la rade de Villefranche . j'eus le temps d'apercevoir la mer violette dans la lumière du soir, puis l'appareil s'inclina à 45° pour contourner le cap de Nice dans une immense courbe à 180km/h. sur le port de Nice, une ambulance des pompiers m'attendait et me conduisit à l'hôpital Saint Roch. secouristes de cet hélico, je vous remercie du fond du cœur pour votre professionnalisme, votre gentillesse, vos attentions, vos sourires. si vous saviez comme le vacarme de votre appareil dans le lointain est réconfortant... et pourtant, ma situation était loin d'être critique. après la bagarre pour lutter contre le froid et la douleur, organiser mon abri de fortune, j'étais totalement pris en charge, et cela me laissait une étrange impression. jusque là, j'avais une fracture de la jambe, ma première fracture, et je n'étais pas inquiet outre mesure: un plâtre, quelques semaines de béquilles... pas bien terrible. en fait, le pire était à venir, et une sourde angoisse commença à m'envahir devant la tête des radiologues. les os étaient en miettes autour de l'articulation, ça promettait au moins une opération. à 20 h, je reçus ma première dose de calmant, et il était temps, car entre la chute, l'attente, le transport, et les manipulations sur la table radio, je commençais à être sérieusement entamé... au matin, le chirurgien de service renonça à m'opérer: "c'est tout cassé, là dedans, je ne vois pas ce que je peux faire. on va vous plâtrer, si ça recasse dans trois mois, on verra. si ça ne consolide pas droit, on recassera, et si vous avez trop mal, on vous bloquera la cheville...". l'état délivre des diplômes de médecine à des gens comme cela, est ce bien raisonnable? aussi, lorsque jean jérôme, vint me rendre visite, il me trouva carrément déprimé devant de si sombres perspectives. grâce à lui, je me débattis pour obtenir les radios, négociai la sortie du service, cathy consulta un autre chirurgien qui m'opéra dix jours plus tard. une autre semaine d'hospitalisation, deux broches, 17 vis , 100 séances de rééducation et 4 mois plus tard, jour pour jour, je regrimpais au petit Cayre de Madone, emmené par luc, mon kiné, puis à 6 mois postopératoires, c'est le couloir de Lourousa qui termina ma rééducation. croyez moi, la vie est belle!!!!!
grand merci à tous ceux qui m'ont aidé durant cette (mes)aventure: Michel, pour son soutien et son efficacité lors de l'accident, l'équipage de l'hélico, si efficaces et réconfortants Jean Jérôme qui, révolté par la résignation et l'indifférence du chirurgien hospitalier m'a obligé à réagir, mon chirurgien, virtuose qui a remis en place patiemment tous les petits morceaux, Luc, responsable de cette rééducation, qui m'a fait parfois grimacer de douleur, mais qui sait si bien motiver ses patients, Cathy qui m'a notamment tenu la main toute une après midi où j'étais près de m'évanouir de douleur, et ma famille dont j'ai compliqué la vie et l'organisation, qui m'a supporté durant toute cette phase!
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