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retour: le bétisier Surtout, ne pas quitter des yeux le sentier qui défile sous ma roue avant… Ne pas dévier le regard vers la perspective vertigineuse, à droite, qui, de la baisse de Merlier, plonge raide vers le fond de la vallée de la Tinée… Ne pas se déconcentrer… Ne pas quitter des yeux ce ruban de terre mouvant, même si
ce défilement m’hypnotise. Une pierre sur le chemin, un écart de Le chemin n’est pas difficile, plutôt étroit, mais roulant et régulier. Pas difficile, mais la pente à droite est vertigineuse et ne pardonnerait pas l’erreur… Jean-Jérôme, juste derrière, doit être super concentré, lui aussi. Les épingles s’enchainent, on avale le sentier les fesses serrées… ne pas se déconcentrer… c’est sans doute la plus grosse pente que j’ai côtoyée en VTT. On s’arrête, on souffle, on se gave de paysage, on se re-concentre, en clippant soigneusement les pédales, et on repart… Insensiblement, la pente s’adoucit, la perspective se fait moins menaçante. Finalement, c’était facile ! Nous repartons, plus détendus, en enchainant joyeusement les virages. Voici la forêt. Une bergerie, le balisage jaune qui hésite…une heure à tourner en ronds pour retrouver le sentier. J’aurais dû emporter le GPS. La lumière de novembre se fait plus douce. Faut pas trainer… Tout en bas, la vallée de la Tinée ne s’est guère rapprochée. Nous traversons maintenant une zone facile, large, herbeuse et roulante. Décontraction. Je m’arrête pour regarder Jean-Jérôme passer ce joli coin. Une pierre dépasse au milieu du chemin… mal négociée : JJ passe très haut par dessus de son vélo et roule dans l’herbe ! Mais il ne se relève pas, je l’entends crier. Aie ! Je remonte pour trouver mon pote geignant les yeux mi clos, roulant sur le côté... pas bon, ça : je connais le lascar, c’est plutôt le modèle dur à cuire (voir traversée du Mercantour), il doit y avoir des dégâts. Fracture du poignet … il avale mon stock d’antalgique, se relève, titube, trébuche, étourdi, et s’appuie sur moi, m’écrase du haut de son mètre quatre vingt quinze: « on y va ! ». Heu, Jean-Jérôme, j’en ai les genoux qui fléchissent, je n’irai pas bien loin avec ton immense carcasse sur le dos… il se rallonge, referme les yeux. Ça ne va pas fort… Je bricole une attelle avec des branches de mélèze, une genouillère et de l’élastoplast, dans la position la moins douloureuse. Evidemment, le portable ne passe pas… Nous avons embarqué un tout petit talkie-walkie, l’autre, c’est la compagne de JJ qui l’a gardé, et c’est par le biais de ce ridicule gadget que nous allons pouvoir déclencher un secours ! La portée est tout à fait étonnante, bien que le terrain soit totalement dégagé en ligne droite. Puis, la base d’hélicos de Mandelieu arrive à nous joindre sur le portable de JJ . L’hélico rouge descend au sol, pose un patin, et un
guide en descend. Me voilà seul, à la tombée de la nuit à une heure d’Isola… pas le moment de se coller une gaufre. Très prudemment, un peu secoué, je suis le chemin muletier qui dégringole sur le village, mettant souvent pied à terre. J’atteins le goudron lorsque la nuit tombe. Jean-Jérôme va mieux, gavé d’antalgiques (il est chirurgien dentiste : il connaît bien ces produits), et reposé, il a repris ses esprits. Il nous reste à redescendre à Nice, où je lui refais une attelle « de luxe » avec de la mousse néoprène pour isoler les tuyaux, des baguettes d’encadrement de porte, du coton, de la bande … Le lendemain, il sera opéré par un de ses amis. Il reprendra son métier avec broches et « plâtre » en résine, et trois semaines après, rentrera chez lui en… vélo après l’opération d’ablation du matériel !!
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